Les Réalisatrices équitables aux audiences du CRTC

Mardi le 6 février, les Réalisatrices Équitables se sont rendues à Gatineau aux audiences publiques du CRTC pour y déposer un mémoire qui fait état de la situation des femmes réalisatrices en télévision. Tiré de l’étude de Madame Francine Descaries, chercheure à l’IREF, un comparatif entre les réalisateurs et les réalisatrices a été communiqué au CRTC. Ces chiffres ont été établis à partir des données disponibles au Fonds Canadien de Télévision (FCT). Puisque notre société a été déclarée équitable (ou en voie de le devenir) par le premier Ministre Jean Charest, nos instances publiques peuvent dorénavant commencer à faire en sorte que l’égalité ne soit pas seulement un droit, mais aussi un fait. Le mémoire déposé au CRTC ainsi que nos recommandations se trouve à la suite de ce billet.

L’ÉQUITÉ ET LA TÉLÉ, LES MISSION IMPOSSIBLES…
ET LES ÉMISSIONS POSSIBLES !

Mémoire présenté par le groupe Réalisatrices Équitables

Gatineau le 5 février 2008
Audience publique de radiodiffusion 2007-70

Instance concernant le rapport du
Groupe de travail Fonds canadien de télévision (FCT)

« La télévision joue un rôle vital dans le paysage culturel du Canada : elle facilite le partage d’expériences et la construction d’une communauté tout en reflétant nos différences. »
Tiré du document de présentation du FCT

Qui sommes-nous ?

1 Réalisatrices Équitables est un groupe de pression, mis sur pied en janvier 2007, qui réunit une trentaine de réalisatrices du Québec de tous les âges et catégories. 140 réalisatrices solidaires, de nombreuses sympathisantes et sympathisants nous appuient et suivent nos actions. Notre principal objectif est d’atteindre l’équité pour les femmes dans le domaine de la réalisation au Québec. Nous désirons obtenir des mesures concrètes afin que les fonds publics destinés au cinéma et à la télévision soient accordés de façon équitable aux réalisatrices et qu’une place plus juste soit accordée à leurs préoccupations, à leur vision du monde et à leur imaginaire. (1)


Que fait un réalisateur ou une réalisatrice ?

2 Le métier de la réalisation est méconnu, mais il est tout aussi essentiel à la concrétisation d’une œuvre audiovisuelle que son écriture. Le réalisateur ou la réalisatrice, c’est l’équivalent en audiovisuel du metteur en scène en théâtre. Il dirige toutes les étapes de la création et chaque décision de création lui revient. Il met le scénario en image, en son, en musique, décide du traitement, du regard et de l’approche par les mille choix artistiques que cela implique.

Influence, importance et dépendance…

3 Vu l’importance de la télévision et de l’émergence de nouvelles plates-formes de diffusion, le CRTC et le FCT ont une grande influence non seulement sur le paysage audiovisuel canadien mais aussi sur l’ensemble de la culture et de la société partout au pays.

4 Les buts et objectifs de ces deux groupes étant de favoriser une production d’émissions de qualité reflétant tous les aspects de la population canadienne, nous désirons vous faire part d’une série de constats, de préoccupations et de suggestions concernant la place des femmes dans la production et le financement d’émissions de télévision au Canada.

5 Avec son enveloppe considérable, le FCT est devenu un organisme incontournable dont dépend un grand nombre de projets de qualité diffusés autant sur les chaînes publiques que dans le secteur « privé ». (2)

6 Les règlements du CRTC tout comme les règles et les principes directeurs du FCT sont clairement déterminants dans le choix que feront les producteurs, télédiffuseurs et distributeurs des émissions qui seront financées et produites au Canada.

Les objectifs similaires du CRTC et du FCT

7 « La raison d’être du Fonds est d’appuyer le rôle déterminant de la télévision en tant que véhicule de l’expression culturelle. » (3)

Selon le CRTC, le système canadien devrait :

• « Proposer une très large programmation qui traduise des attitudes, des opinions, des idées, des valeurs et une créativité artistique canadienne.

• Répondre aux besoins et aux intérêts et refléter la condition et les aspirations des hommes, des femmes et des enfants canadiens en reconnaissant l’égalité sur le plan des droits, la dualité linguistique et le caractère multiculturel et multiracial de la société canadienne. » (4)

8 Il est rassurant de constater que les deux organismes sont préoccupés par la représentativité de la réalité et par la créativité canadienne dans son ensemble. Il faut cependant constater que, bien souvent, l’égalité de droits est loin de l’égalité de fait. C’est pourquoi, dans certains cas, on a créé des programmes spéciaux pour rééquilibrer les forces et s’assurer que certaines communautés, certaines régions ou certains secteurs d’activités seront représentées de façon équitable.

9 En ce sens, le FCT prévoit quelques volets pour financer et encourager des initiatives spéciales comme les productions autochtones et les productions de minorités linguistiques.

Des chiffres étonnants

10 Pourtant, malgré les mandats clairs du CRTC, du FCT et les initiatives dont nous venons de parler, nous constatons, à la lumière des données récentes provenant d’une étude menée par l’IREF (5), qu’une grande partie de la population canadienne est actuellement sous-représentée et mal desservie par le FCT : les femmes.

11 En effet, depuis quelques années, une autre forme d’acculturation se dessine : la sous-représentation du regard des femmes au petit écran (particulièrement aux heures de grande écoute). Si de nombreuses femmes occupent les fonctions de scénaristes ou de productrices, très peu de femmes signent la réalisation des émissions et des films que nous voyons tous les jours.

12 Si on se rapporte au tableau présenté à l’annexe A du présent document, on constate qu’entre 2002 et 2007, le Fonds canadien de télévision a accordé 994 millions $ à 1 540 projets (langues, régions et types de projets confondus), ce qui signifie:

• En nombre de projets :
419 étaient réalisés par une femme
soit 27,2 % des projets

• En argent :
Les femmes ont reçu 97 662 435 $
soit 10% des fonds accordés

13 Le tableau de l’annexe B nous dévoile la courbe de tendance sur les cinq dernières années. Elle nous indique clairement une situation de plus en plus défavorable à l’égard des réalisatrices.

14 Le tableau de l’annexe C nous indique le pourcentage des femmes qui ont réalisé les différents projets et la proportion des budgets, selon les types d’émissions. Ici encore, le tableau est très éloquent. Il confirme que les femmes réalisatrices sont sous-représentées, qu’elles sont confinées à certains secteurs et qu’on leur attribue de plus petits budgets.

15 En d’autres mots, cela veut dire qu’elles sont, en moyenne, 3 fois plus productives que leurs collègues masculins, ou trois fois plus pauvres, ou… Cela signifie surtout que le double standard existe encore aujourd’hui. Quelles qu’en soient les raisons, ces écarts en défaveur des femmes sont injustifiables en 2008 dans un pays comme le Canada et, qui plus est, dans un secteur si largement subventionné par l’État. Les chiffres de ces trois tableaux, parmi bien d’autres (6), confirment que les systèmes actuels défavorisent grandement les femmes et qu’ils alimentent une iniquité de revenus pour les réalisatrices.

Si la tendance se maintient…

16 En conclusion, ces chiffres nous démontrent clairement que… Si la tendance se maintient, le métier de réalisatrice est en voie de disparition. Certains avanceront que plusieurs femmes scénaristes ont souvent leurs œuvres de fiction mises à l’écran. On pourrait s’en réjouir, si on ne constatait pas que la grande majorité des scénarios écrits par des femmes sont réalisés par des hommes, sans que l’inverse soit vrai…

La diversité des voix

17 Le Fonds canadien de télévision a vu le jour - entre autres - par crainte qu’une surabondance de produits américains submergent nos ondes, particulièrement aux heures de grande écoute. Cela ne supposait pas que les produits canadiens étaient moins attrayants ou de moindre qualité… Cela signifiait plutôt qu’étant donné le contexte et plusieurs facteurs géographiques, culturels, linguistiques et démographiques, les productions canadiennes avaient besoin d’un coup de pouce pour rejoindre leur public et rivaliser avec leurs puissants voisins.

18 Les différents volets ou initiatives spéciales du FCT sont aussi nés parce qu’on craignait de ne pas avoir accès à une importante partie de notre culture, soit celle des minorités linguistiques, des autochtones et des régions. On voulait s’assurer qu’une juste place serait faite aux citoyens de cultures et de langues différentes au pays.

19 Ces différents programmes spéciaux servent à financer et rendre accessibles à tous une plus grande diversité de regards et de réalités canadiennes. La pluralité des voix et la concentration des médias sont des enjeux importants… « Parce que la présence d’une diversité de voix s’avère essentielle au bon fonctionnement d’une démocratie. » (7)

20 Le CRTC affirme que « la pluralité éditoriale se mesure en nombre de propriétaires dans un même marché ». Nous croyons que la pluralité des regards, elle, se mesure par les différences et la singularité de chacun des créateurs et des créatrices qui oeuvrent à sa réalisation.

21 Une proportion plus élevée de femmes réalisatrices servirait directement cette diversité de regards si importante. De plus, on pourrait ainsi stimuler une réelle variété de contenus et de points de vue dans tous les genres d’émissions.

Cotes d’écoute, qualité et autres facteurs importants pour calculer la rentabilité des produits culturels

22 Il est fondamental de mettre de l’avant un contenu diversifié et fort. La multiplicité des voix et des regards est essentielle au bon fonctionnement d’une société démocratique, ouverte et égalitaire comme la nôtre.

En ce sens, nous sommes en accord avec les objectifs du CRTC :

« Le système canadien devrait :
-sauvegarder, enrichir et renforcer la structure culturelle, politique, sociale et économique du Canada.
-Proposer une très large programmation qui traduise des attitudes, des opinions, des idées, des valeurs et une créativité artistique canadienne. »

« La programmation devrait être de haute qualité et :
-Être variée, répondant aux intérêts et goûts des Canadiens.
-Proposer une très large programmation qui traduise des attitudes, des opinions, des idées, des valeurs et une créativité artistique canadienne.
-Enseigner, éclairer et divertir.
-Offrir la possibilité de prendre connaissance d’opinions diverses, voire contradictoires. »

23 Nous croyons que la vraie rentabilité d’une télévision forte, pour un pays comme le Canada, est d’encourager tous les acteurs de l’industrie à se rapprocher des objectifs précités. Favoriser la cote d’écoute ou la rentabilité se fait trop souvent en standardisant, en nivelant ou en abaissant les contenus.

24 Le calcul des enveloppes de rentabilité des télédiffuseurs (ERT) devrait donc tenir compte de nombreux facteurs plus importants et ne pas survaloriser la cote d’écoute. De plus, il ne faut pas oublier que, comme le souligne la chercheuse Francine Descarries : « La cote d’écoute sert à vendre de la publicité. Cette mesure n’est certainement pas utile pour déterminer ce qu’est une émission de qualité. La cote d’écoute n’est même pas une mesure fiable pour établir les émissions préférées du public, puisque cela dépend en grande partie des cases horaires de diffusion de l’émission » . (8)

25 D’ailleurs, en Europe, on adopte de plus en plus d’autres méthodes pour évaluer la qualité, la cote d’amour et la pertinence des émissions diffusées.

26 Pour notre part, nous croyons fermement que l’appréciation et le financement d’une oeuvre ne devraient pas être assimilables à une simple mesure commerciale. Par conséquent, le FCT ne devrait pas juger la « rentabilité » d’une émission seulement sur la base des impératifs de vente de publicité ou d’autres cotes mercantiles. À plus forte raison lorsque, comme dans le système canadien, la grande majorité des émissions de télé sont financées par l’ensemble des contribuables.

27 Dans ce contexte, Le Fonds canadien de télévision devrait tout faire - comme il le propose dans ses objectifs - « pour faciliter le partage d’expérience et la construction d’une communauté tout en reflétant nos différences ».

28 La recherche des cotes d’écoute à tout prix et la vente de publicité ne sert pas le public. Cela ne vise ni le partage d’expériences ni la construction d’une communauté. Au contraire, cela favorise (encore plus) le sensationnalisme et la mode de « copier » ce qui « marche » le mieux sur une autre chaîne et/ou dans un autre pays… Cela ne stimule pas la créativité et la réalisation d’émissions plus audacieuses, plus originales et au contenu le plus fort… La standardisation des contenus, que ce soit en fiction ou en documentaire, n’est pas non plus l’alliée d’une réflexion approfondie, et de mise en valeur des différences.

Manque de diversité des regards

29 Dans les tableaux des annexes A, B et C, il est clair que la production télévisuelle actuelle ne reflète pas la « globalité canadienne ». Nous pouvons déjà constater les résultats d’un manque de diversité des regards.

30 En faisant trop peu appel à la créativité des femmes, en ne reflétant pas suffisamment leurs conditions et aspirations, et en sous-finançant leurs projets, la production télévisuelle actuelle ne répond pas aux besoins et intérêts de la moitié de la société.

31 Selon un récent sondage réalisé par l’Association d’études canadiennes (9), 94% de la population canadienne affirme que l’égalité entre les sexes est une des priorités pour eux. Aux yeux des Canadiens, l’égalité entre les hommes et les femmes vient au deuxième rang des valeurs les plus importantes, tout de suite après la santé. (Pour les Québécois, cette valeur vient même en première place!)

32 Puisque l’égalité des droits entre les hommes et les femmes fait partie des valeurs fondamentales les plus importantes de la société canadienne et québécoise, nous déplorons que la production télévisuelle actuelle contribue insuffisamment à sa promotion.

Ma télé : mon miroir, mon modèle

33 Le déséquilibre actuel ne fait pas seulement du tort aux femmes qui ont décidé de choisir la réalisation comme métier. L’appauvrissement du contenu, le manque de diversité des regards et le rétrécissement de l’imaginaire a évidemment des répercussions sur l’ensemble de la société.

34 En 2005, un groupe de comédiennes affirmait que « Revendiquer une place plus grande pour les femmes dans l’imaginaire collectif est une bataille essentielle pour la survie démocratique et économique de notre société… La bataille de l’imaginaire est aussi importante que celle des salaires et du soutien à la famille. » (10)

35 La place insuffisante accordée aux femmes sur nos écrans et derrière la caméra contribue grandement à influencer négativement la perception du public. Cela perpétue l’idée que les femmes sont moins importantes que les hommes dans notre société.

36 Les histoires et les préoccupations diffusées à la télé sont des modèles pour tous les jeunes Canadiens - filles ou garçons. Par conséquent, et particulièrement pour nos enfants, nous devons construire et financer une télévision de haute qualité qui représente équitablement toute la société. Elle doit donner autant de place aux filles et aux femmes du pays qu’elle en donne aux garçons et aux hommes.

Recommandations

37 Dans un souci d’équité envers toutes les femmes et afin de répondre à une des priorités de la population canadienne, nous recommandons que le CRTC, tout comme le FTC, ajoute à ses principes directeurs et à ses objectifs, l’égalité entre les hommes et les femmes.

38 Nous demandons au CRTC et au conseil du FCT - qui ont le mandat de faire en sorte que la télévision canadienne soit un miroir de la société canadienne - de regarder attentivement ces données et de tout mettre en œuvre pour stimuler le dépôt et le financement adéquat d’un plus grand nombre de projets réalisés par des femmes.

39 Pour ce faire, nous demandons que le CRTC et le FCT mettent en place une série de mesures, et ce, conjointement avec les télédiffuseurs et tous les intervenants du milieu audiovisuel. Il est essentiel que le regard de la moitié de la population ne reste pas dans l’ombre plus longtemps!

40 Afin que le déséquilibre actuel soit rapidement comblé, un renforcement de principe dans le mandat s’impose. Celui-ci devrait aussi être accompagné de mesures concrètes.

À court terme, nous recommandons au CRTC de mettre en place les mesures suivantes :

41 Mettre sur pied, de toute urgence, un comité (dont des membres de Réalisatrices Équitables feraient partie) chargé d’élaborer et de conseiller le CRCT et le FCT sur des politiques et des mesures nécessaires pour redresser la situation le plus rapidement possible.

42 Demander au FCT et aux télédiffuseurs de tenir des statistiques précises et détaillées selon le sexe afin de permettre une meilleure saisie de la situation des réalisatrices, et de faire rapport annuellement pour vérifier l’évolution de la situation.

43 Poursuivre les recherches pour identifier les obstacles à l’équité (les facteurs systémiques de discrimination) pour les femmes réalisatrices.

44 Créer un groupe de travail sur la situation des femmes en général dans l’industrie télévisuelle.

Nous recommandons au FCT de mettre en place les principes et mesures suivantes :

45 Viser à refléter la culture et les valeurs canadiennes ainsi que la diversité du pays en tenant compte AUSSI de l’équité entre les hommes et les femmes du pays.

46 Chercher l’équilibre dans le financement, la production et la diffusion des réalisations d’hommes et de femmes.

47 Élaborer des mesures incitatives favorisant ouvertement la réalisation de projets de réalisatrices dans tous les secteurs de la production.

48 Favoriser particulièrement leur présence dans les domaines où les réalisatrices sont le plus sous représentées (dont les séries dramatiques).

49 Mettre en place des mesures incitant les télédiffuseurs et les producteurs à renverser la tendance actuelle défavorable aux réalisatrices et que des objectifs précis et quantifiables soient fixés à cet effet.

50 Élaborer des programmes spécifiques (ou un volet particulier) et des mesures incitatives pour les réalisatrices.


Effets bénéfiques directs et secondaires

51 Les financements spéciaux du FCT autour de la production des minorités linguistiques ou en langues autochtones dont « l’objectif essentiel du volet est d’encourager l’émergence de producteurs autochtones indépendants » ou le volet au sous-titrage et au doublage dont un des objectifs clés est « d’améliorer les perspectives d’emplois des artistes et des techniciens canadiens spécialisés » sont des stimulants très forts pour des secteurs fragiles ou sous-représentés à la télévision.

52 Et que dire de la modification de la loi du CRTC en 1991? Le simple énoncé : « La programmation devrait faire appel de façon notable aux producteurs indépendants », a fait naître une explosion de maisons de production et a donné la possibilité à un grand nombre de producteurs et de productrices de talent d’émerger.

53 Un règlement du CRTC et du FCT favorisant une plus grande participation des réalisatrices canadiennes aux émissions produites ici engendrerait fort probablement le même phénomène. L’éclosion des talents des réalisatrices ferait boule de neige.

54 Pour le moment, leur regard est cruellement absent de notre télé.

55 Nous croyons que des mesures incitatives telles qu’insérer dans la Loi l’obligation de faire appel à plus de femmes réalisatrices dans tous les secteurs (11) ainsi que faire une plus grande place à leur imaginaire, apporteront une effervescence d’expressions et de talents féminins. En plus d’avoir une influence positive sur les réalisatrices et sur l’ensemble de l’industrie, cela bénéficiera à toute la population de tous âges, origines et langues confondus.

56 Nous croyons fermement que la présence équitable des points de vue, des histoires, des préoccupations, des mises en scène et des rôles de femmes à la télé est un formidable stimulant pour une société qui veut encourager l’égalité des chances dans tous les secteurs.

57 La société a tout à gagner dans la promotion et la mise en valeur de l’imaginaire des femmes. Toute la population bénéficiera du leadership du CRTC et du FCT en matière d’équité.

Conclusion

58 À l’aube du XXIè siècle, il est sûrement important de discuter des nouvelles technologies et du financement des télévisions. Nous croyons cependant qu’il est encore plus urgent de se pencher sur cet important déséquilibre qui, à notre plus grand étonnement, s’est aggravé depuis 20 ans. Cela nous inquiète en notre qualité de réalisatrices d’abord, mais cela nous touche également comme citoyennes et spectatrices représentant la majorité de la population du Québec et du Canada.

59 La population de tous les âges s’identifie aux personnages et aux histoires diffusés dans les médias électroniques. Cette influence est encore plus marquée chez la jeune génération. Comment les jeunes femmes et les fillettes bâtiront-elles leur identité si les modèles qu’elles puisent dans les personnages de la télévision sont la création d’un regard presque exclusivement masculin ?

60 Il est indéniable que le contenu des émissions diffusées à la télévision et sur les nouvelles plates-formes joue un rôle important dans l’élaboration des modèles d’une société. Le manque de présence de l’imaginaire visuel féminin, et le sous-financement des œuvres réalisées par des femmes est inadmissible en 2008.

61 Nous prions le FCT et le CRTC d’agir de toute urgence et de façon diligente dans ce dossier. Soyez assurés, d’autre part, que nous sommes à votre entière disposition pour participer à des échanges et pour collaborer avec vous dans ce dossier.

Marquise Lepage

Avec la collaboration de
Isabelle Hayeur
Lucette Lupien
Marie-Pascale Laurencelle

Pour le Groupe Réalisatrices Équitables

Sont aussi présentes à l’audience :
Myriam Fougère
Vanya Rose
Ève Lamont

NOTES :

(1) Vous trouverez une mini biographie des portes paroles et des réalisatrices présentes à l’annexe F. Pour en savoir plus : http://www.realisatrices-equitables.org

(2) Secteur privé est ici mis entre guillemets puisque, au Canada, il est très largement financé (sinon complètement) par les différents paliers des gouvernements (FCT, crédit d’impôts, Sodec, Téléfilm, etc).

(3) Tiré du Document de présentation FCT, 2008-2009 www.fondscanadiendetele.ca

(4) source : www.crtc.gc.ca

(5) « La Place des réalisatrices dans le financement public du cinéma et de la télévision au Québec (2002-2007) », février 2008. Étude menée par Francine Descarries de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQÀM (IREF).

(6) Le mémoire La majorité invisible ou la place des femmes à la télévision d’État, présenté le 25 mai 2007 à Montréal au comité permanent de Patrimoine Canada dans le cadre de l’enquête approfondie sur le rôle de la télé d’État, fournit d’autres chiffres, notamment sur Radio-Canada qui reçoit 37% de l’enveloppe du FCT.

(7) Tiré du document de présentation du CRTC, novembre 2007.

(8) Francine Descarries, chercheuse à l’IREF et professeur à l’Université du Québec à Montréal, lors d’une conférence le 8 décembre 2007, à Montréal.

(9) Les résultats ont été publiés dans Le devoir, en mai 2007.

(10) Communication que les femmes du Comité femmes de l’Union des artistes a livrée devant le comité de l’égalité des chances de l’Assemblée nationale du Québec, en 2005.

(11) Secteurs comprenant notamment : documentaires, séries dramatiques et captations variétés-spectacles.

ANNEXE A
Annexe A

ANNEXE B
Annexe B

ANNEXE C
Annexe C

ANNEXE D

Objectifs et Mission du CRTC

Article 3(1) - cadre de la Politique de la radiodiffusion canadienne - 1991.

Système composé d’éléments publics, privés et communautaires pour le maintien et la valorisation de l’identité nationale et la diversité canadienne.

Objectifs :
Le système canadien devrait :

Sauvegarder, enrichir et renforcer la structure culturelle, politique, sociale et économique du Canada.

Proposer une très large programmation qui traduise des attitudes, des opinions, des idées, des valeurs et une créativité artistique canadienne.

Répondre aux besoins et aux intérêts et refléter la condition et les aspirations des hommes, des femmes et des enfants canadiens en reconnaissant l’égalité sur le plan des droits, la dualité linguistique et le caractère multiculturel et multiracial de la société canadienne.

Demeurer adaptable aux progrès scientifiques et techniques.

La programmation devrait être de haute qualité.

La programmation offerte devrait :

Être variée, répondant aux intérêts et goûts des Canadiens.

Enseigner, éclairer et divertir.

Puiser aux sources locale, régionale, nationale et internationale.

Offrir la possibilité de prendre connaissance d’opinions diverses, voire contradictoire.

Faire appel de façon notable aux producteurs indépendants*.

ANNEXE E

Les objectifs et les principes directeur du FCT
Source : FCT, document de présentation, 2008-2009

Rappelons quelques-uns des objectifs et des buts que le Fonds tente de rejoindre dans ses différents volets d’aide financière à la production d’émissions de télévision :

Programme général :

Cette initiative de financement ayant pour but d’encourager la production et la diffusion d’émissions télévisées canadiennes de grande qualité, dans des catégories sous représentées aux heures de grande écoute.

• Le FCT continue à assurer le développement des politiques stratégiques et des Principes directeurs des programmes, la recherche et le rapport des résultats de l’auditoire et du financement.

• Le FCT accorde aux émissions canadiennes admissibles une aide financière par le biais de cinq volets caractérisés par une orientation des critères d’évaluation et des mécanismes de financement spécifiques.

Volet Productions Autochtones :

Le FCT reconnaît la situation unique du marché télévisuel en langues autochtones et la communauté des producteurs autochtones. L’objectif essentiel du volet est d’encourager l’émergence de producteurs autochtones indépendants.

Volet Le sous-titrage et doublage :

L’objectif du volet est de permettre aux canadiens d’accéder à un plus grand nombre d’émissions de télévision appuyé par le FCT en anglais, en français et en langues autochtones. D’autres objectifs clés dont améliorer les perspectives d’emplois des artistes et des techniciens canadiens spécialisés.

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